Le parcours de
Bernard
CORDIER, pilote
puis
trappiste,
le Père BAUDOIN par
lui-même
Biographie manuscrite transcrite et éditée
par Henri Eisenbeis alias Lepeps. Cette transcription respecte les
intentions de l'auteur. Son droit moral est, bien entendu,
intemporel.
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Mon arrivée ... L'Aviation début 1er Escadre de Chasse le Bourget, Istres, au fonds du canal de la Bruche à Strasbourg...centre de vol à haute altitude Aviation civile 1937 Air France 1939 Mobilisation générale affecté au groupe de chasse 2/4, 4 victoires.... la France de Vichy... la guerre en Syrie, Angletere l'escadrille "Clair de lune" sur Lysander En juillet 45 Démobilisation, Air France.... seigneur de l'Atlantique Nord... Donner un sens à ma vie Dieu existe bien... mon chemin jusqu'à l'Abbaye de Cîteaux... mon sacerdoce le 18 mars 1961... plus de vingt ans en Afrique, Cameroun, Zaïre, les Katangais, les mercenaires... le Rwanda, mon monastère... 17 janvier 1990 Mon dernier message
J'aurais pu naître en Afrique ou dans
une fourmilière d'Asie et non pas en France. C'est pourquoi je
crois à une certaine prédestination. En fait, c'est à
Lyon que je suis né le 3 mars 1912, dans une famille
bourgeoise, coté paternel des magistrats de Franche-Comté,
coté maternel, les Valentin Smith de Trévoux.
A ma
naissance ma mère avait épinglé à mon
berceau la généalogie des Marquis de Montrichard (mon
arrière grand mère grand père?) famille
de
Franche-Comté
remontant aux croisades et qui s'étaient
alliés à la famille de Saint Bernard et c'est pourquoi
je fus prénommé Bernard. En 1919 ma mère tombe
très gravement malade à la suite d'une fausse couche et
d'une fièvre puerpérale. Elle était abandonnée
par les médecins dans le coma et fut soudainement hors
guérie.
Bien plus tard, elle me raconta qu'elle avait eu
l'impression d'être entraînée dans un tunnel pour
déboucher dans une lumière merveilleuse et un ange (ou
le Christ) lui demanda si elle voulait rester là. C'était
tellement beau qu'elle souhaitait y rester mais le souvenir de ses
trais petits enfants la retenait et l'ange lui permit de revenir sur
terre.
En 1920 ma famille s'étant installé à
Neuilly me mit au collège Sainte Croix en classe de huitième.
Je ferai toutes mes études dans ce collège. Ste Croix
était dirigé alors par l'abbé Petit de
Lutheville (?) et de nombreux prêtres sympathiques.
Je
n'étais pas un élève très brillant, même
médiocre. J'ai été passionné par le
scoutisme qui commençait alors. Je l'ai été 10
années, chef de patrouille et assistant chef de groupe. J'ai
calculé que j'avais passé plus d'une année sous
la tente.
Ayant échoué au bac (à cette époque
moins de 50% étaient reçus), mon père qui avait
de grosses difficultés financières jugeait inutile de
continuer mes études et je fus engagé à la Cie
Ingersoll Rand, compagnie américaine qui fabriquait des
marteaux piqueurs. J'étais une sorte de bouche trou dans les
différents services. Je me souviens d'une grande angoisse
lorsque je pensais à mon avenir, dans 10 ans à tel
bureau, dans 20 ans peut-être au bureau du directeur de
service. Ma seule joie était d'aller à l'heure du
déjeuner à la piscine Molitor et m'entraîner en
même temps que Taris, le champion du monde de l'époque
et qui était du même club que moi.
TOP
Après deux années de travail
comme petit employé m'est arrivé une des grandes
chances de ma vie. Un de mes cousins me suggère de
faire le concours des "Bourses de pilotage" dans une école
privée financée par l'armée de l'air pour former
au premier stade les pilotes d'avion.
Ayant réussi les
examens écrits et physique je suis affecté à
l'école Morane d'Aulnat, près de Clermont-Ferrand. Je
reçois le baptême de l'air le premier jour, n'ayant
jamais vu ni touché un avion de près et je suis
l'entraînement classique d'un élève pilote.
Premier vol après 15 heures en double commande, puis brevet
militaire au bout de six mois. J'avais quelques difficultés
avec mon moniteur Fernand Lefebvre qui me sanctionnait toutes les
petites fantaisies comme quelques glissades en prise de terrain ou
des atterrissages sur les roues (trois points?). Il me supprimait la
petite prime d'argent de poche que l'on recevait chaque mois. Comme à
cette école Morane, il y avait l'excellent Morane 230 prévu
pour l'acrobatie, je n'avais qu'un désir c'était de
faire toutes les figures d'acrobatie.
C'était avec le seul
manuel de pilotage que je m'essayais aux loopings, tonneaux etc. Pour
ce faire j'allais me cacher derrière le Puy de Dôme ou
au-dessus des nuages, mais combien de descentes sur la queue avant de
réussir un Immelman.
Ce n'est qu'au dernier vol avant de
quitter l'école que je fis une démonstration au-dessus
du terrain et me valut le premier prix de pilotage.
En décembre
1931 engagement par devancement d'appel à Istres pour
continuer l'entraînement sur différents avions et je
suis classé "pilote de chasse", l'idéal pour
tout pilote. Dans ma chambrée d'Istres il y avait Marin la
Meslée, le Gloan, Littolf qui furent les as de la dernière
guerre.
Mon meilleur souvenir d'Istres reste peut-être les
gardes au poste de police ou je pouvais admirer vers 5 heures du
matin les beaux levers de soleil de la Provence.
***
TOP
En mai 1932
je suis affecté comme caporal-chef à
la première escadre de chasse de Chasse au Bourget et à
la première escadrille sur
Nieuport 62, l'avion de chasse de l'époque, assez lent mais
très solide.
Je suis heureux d'être près de ma
famille qui habitait toujours Neuilly.
On volait très peu
dans l'armée de l'air, 10 heures en été, 1nou 2
heures par mois en hiver.
A part l'entraînement aux
manœuvres de chasse, c'était toujours l'acrobatie qui me
passionnait et avec le goût du risque que l'on a à 20
ans, il fallait la faire le plus bas possible.
Petit à
petit, j'arrivais à faire des tonneaux déclenchés
à hauteur des arbres, ou encore à faire des concours à
celui qui redressait une vrille le plus bas possible. Je me souviens
surtout des ressources au ras du sol ou l'on avait le "voile
noir" pendant plusieurs secondes et on se demandait alors si on
emboutissait le sol ou si ça passait.
C'était
sûrement stupide de prendre de tels risques, mais il était
aussi nécessaire de ne pas avoir peur de la mort si l'on
voulait devenir un bon pilote de chasse en temps de guerre. En fait,
chaque année, un pilote se tuait à l'escadrille sur les
10.
Ce fut une joie le jour ou mon commandant d'escadrille me fit
admettre dans les patrouilles d'acrobatie, car au Bourget lorsqu'un
chef d'Etat y atterrissait, en plus de la Garde Républicaine
au sol, il y avait une patrouille d'acrobatie qui faisait une
démonstration, évidemment le plus bas possible et avec
un grand bruit de moteur et le 500 cv Hispano ronflait à
merveille. Toutes les fois le Commandant civil de l'aéroport
demandait une radiation pour ces pilotes qui enfreignaient toutes les
règles de la circulation.
Au Bourget il y avait aussi les
défilés du 14 juillet. Les 40 avions de l'Escadre se
s'alignaient plans dans plans sur le terrain et décollaient
tous ensemble. Il valait mieux ne pas faire d'écarts pendant
ces décollages. On passait très bas au-dessus de Paris,
et la consigne était qu'en cas de panne, il n'y avait que la
Seine pour nous accueillir.
La grande affaire était chaque
année le tour de France de l'escadrille en 5 ou 6 escales.
Bien que petit caporal-chef à peine arrivé à
l'escadrille, je fus désigné pour en faire partie.
La
première escale était Strasbourg. Le temps était
radieux et déjà je voyais la flèche de la
cathédrale lorsque mon
moteur s'arrête brusquement. Je
regarde les prés qui pourraient me recevoir et j'en choisis un
qui pourtant n'était pas très grand. J'arrive un peu
trop vite et le sol défile sans que mes roues veuillent bien
se poser. Au bout du terrain un petit remblai que j'essaye de sauter,
et c'est un choc brutal à plus de 100 km/h. Je me retrouve au
fonds d'un canal, le canal de la Bruche ayant laissé mon train
d'atterrissage sur le remblai. L'eau avait heureusement bien amorti
le choc, et sans perdre conscience, je réalise que je suis
dans l'eau.
Etant bon nageur, je débloque mes ceintures et
mon harnais parachute et je fais surface. Je monte sur la rive où
il y a avait déjà du monde, et j'étais
évidemment tout trempé. L'idée me vient alors
qu'il y a des consignes très spéciales à suivre
lorsqu'on se pose en campagne, mais la notice de ces consignes était
dans un coin de la carlingue. Puisque j'étais tout mouillé,
je n'hésite pas à replonger dans le canal pour
rechercher cette foutue notice et éviter tous les désagréments
de n'avoir pas observé toutes les consignes voulues.
Sur la
rive du canal, j'étale toutes les feuilles trempées et
illisibles et en attendant qu'elles sèchent je pense que je
dois récupérer mon parachute. Second plongeon et je
ramène le parachute. Et puis je pense à ma petite
valise attachée au fond de carlingue, et c'est un troisième
plongeon à la stupéfaction de tous les badauds
rassemblés pour contempler l'accident.
Je ne sais comment
il y avait déjà là un journaliste qui en fait un
grand article dans les "Nouvelles d'Alsace". C'était
la première fois que mon nom figurait dans un journal mais
j'étais désolé d'avoir cassé mon avion et
raté ce voyage de l'escadrille.
Au bout de cette première année en escadrille je me rengage comme sergent grâce à mes bonnes notes: "Excellent pilote de chasse, très bon acrobate, souple et précis. Fait partie de la patrouille d'acrobatie et de la patrouille de concours de tir de la 1ere escadre. Doit devenir un pilote de grande classe. Cap. Robillon"
C'est en 1936 que la direction de l'aéroport du Bourget obtient le départ de la Première Escadre de Chasse qui est transférée d'abord à Villacoublay puis à Etampes. Cela ne me convenait guère d'être loin de Paris mais par chance j'apprends que le Capitaine Michy, mon ancien commandant d'escadrille est chargé de créer le centre de vol à haute altitude au Bourget. Avec un autre camarade de l'escadrille, l'adjudant Poiré, il me prend comme pilote. Ce centre était chargé de familiariser les pilotes à l'usage des inhalateurs d'oxygène nécessaires lorsqu'on dépasse 5000 mètres. Il fallait donc monter à 8000 mètres ou 10.000 mètres pour montrer le fonctionnement et les pannes possibles. L'avion utilisé était le Mureaux 117 qui avait un Hispano de 850 cv et qui grimpait très bien, mais c'était encore un avion dont le poste de pilotage et celui du passager était découvert et à l'air libre. Or à ces altitudes la température était généralement de -50° à -60°. Il fallait donc des combinaisons chauffantes et une sorte de cagoule car le moindre petit morceau de peau non couvert gelait très gravement et souvent malgré les bottes fourrées on avait les pieds glacés et le retour de la circulation du sang était très pénible.
Une autre fonction du centre était de faire tous les jours à 7h du matin un sondage avec deux sortes de baromètres fixés sur les haubans afin de mesurer les températures et l'humidité des nuages jusqu'à 8000 mètres de haut. Quand il faisait beau, il n'y avait pas de problèmes, mais lorsque le plafond des nuages descendait à moins de 100 mètres, il fallait d'abord monter dans les nuages en P.S.V. (pilotage sans visibilité) et les seuls instruments étaient la bille et l'aiguille. Instruments très primitifs qui avaient tendance à se coincer dans les coins lorsque le pilotage n'était pas parfait. Dans ce cas il fallait réduire le moteur, et lâcher les commandes, l'avion se stabilisait tout seul et l'on pouvait reprendre la montée. Toutefois il valait mieux être à une certaine altitude. Par mauvais temps et plafond bas le problème était de retrouver le terrain, on ne savait jamais où l'on était puisqu'on n'avait aucune aide radio pour la navigation e l'on se retrouvait parfois à 100 ou 200 km du Bourget. On utilisait le truc classique de repérer une voie de chemin de fer et lire le nom de la gare en volant assez bas. Mais combien de fois en descendant les derniers mètres le sol arrivait très noir et l'on se retrouvait face à face avec un arbre ou une maison. Dans ce cas il fallait remonter rapidement et tenter une autre percée un peu plus loin. On avait souvent de fortes émotions. Par contre on avait la satisfaction de voir le soleil tous les jours.
En regardant mon carnet de vol, je retrouve un certain voyage à Romorantin qui était un magasin de l'armée de l'air et y prendre un bâti-moteur. Je profite de ce petit voyage pour donner le baptême de l'air à un de mes mécaniciens. A Romorantin, j'installe le bâti-moteur et le mécanicien à la place arrière du Mureaux qui était découverte. Retour par beau temps à 1000 mètres. A hauteur d'Etampes, un petit coup de tabac, pas très fort. Je regarde mon passage: il était assis sur le plan fixe arrière et tenait le bâti dans ses bras. Il n'y est pas resté bien longtemps. Je réalise avec angoisse que je n'avais pas accroché le mousqueton de son parachute pour une ouverture automatique. Il ne lui restait plus que l'ouverture à main qu'il a heureusement trouvé et son parachute s'ouvre juste avant le sol (ce n'était pas mal pour un baptême de l'air!!). Le champ dans lequel il était tombé était assez grand et je me pose à coté de lui. Il avait une jambe cassée. Trouver une charrette pour le conduire à l'hôpital et je repars avec mon bâti tout cabossé.
Début 1937, mauvaise nouvelle: le Centre de vol en altitude est transféré à Istres. TOP
La question se pose pour moi de mon avenir: rester à Istres pour finir une carrière se sous officier était exclu. Mon ambition était d'être pilote d'essai chez un constructeur d'avion et de faire des meetings comme Détroyat ou Doret, les grands pilotes de l'époque. J'ai été voir Farman où l'on me propose d'essayer une avion stratosphérique, mais l'avion était encore en construction et les Farman n'avaient pas la réputation d'être très moderne. De plus ils payaient très mas ses pilotes d'essai.
J'avais obtenu un rendez-vous chez
Amiot, et M. Amiot m'explique qu'il avait déjà un
pilote d'essai mais que je l'intéresserais si je pouvais
quelque temps à Air France en attendant qu'il construise des
avions de transport.
Pour entrer à Air France, on demandait
le Brevet supérieur de navigation - Brevet assez similaire à
celui de Capitaine au long cours pour la marine marchande: navigation
astronomique et hauturière, physique, mathématiques,
etc. Renseigné par mes camarades je décidais de
préparer ce brevet et je pris 45 jours de congé pour
étudier le programme.
C'est bien la seule fois de ma vie où
j'ai travaillé autant. Près de 18 heures par jour pour
"bachoter" toutes les matières. Je fus reçu
et les portes d'Air France s'ouvraient toutes grandes. J'avais alors
800 heures de vol.
A Toulouse s'ouvrait le premier stage de
formation des pilotes de ligne. Ce stage était dirigé
par Lafannechère, un ancien pilote de la CIDNA qui avait un
caractère pas très commode et était très
exigeant. C'est bien grâce à lui que j'ai pu rester
vivant dans ce métier où il y avait souvent des
accidents. Chaque année 5% des pilotes se tuaient à Air
France, ce qui justifiait un salaire assez élevé.
Après
le stage de Toulouse ou l'on apprenait à décoller sous
capote en P.S.V. et à s'aligner avec des relèvements
gonio, les stagiaires et Lannechère furent basés à
Prague pour s'entraîner sur la ligne Prague-Varsovie avec des
trimoteurs Wilbault. Il n'y avait jamais de passagers sur cette ligne
car les relations entre la Tchécoslovaquie et la Pologne
étaient très mauvaises. Après l'hiver passé
à Prague, ce fut les reconnaissances sur toutes les lignes du
Réseau continental - Londres, Berlin, Prague, Bucarest,
Genève, etc.
En mai 1938, c'était mon lâcher
comme Commandant de Bord sur la ligne Lyon-Genève-Genève
sur trimoteur Fokker. L'aller et retour se faisait dans la journée
et l'intérêt de cette ligne était d'avoir de bons
restaurants de chaque côté. En ces temps-là,
c'étaient des équipages à deux, un pilote et un
radio. Mon radio Ph. Courtois dû se faire remplacer ayant
contacté une bonne crise de foi pour avoir abusé de
bons repas.
Le 31 décembre 1938, je suis désigné
pour faire Paris-Prague avec escales à Strasbourg et
Nuremberg, sur Potez 62. Après le décollage de
Strasbourg, je trouve un assez mauvais temps et fort givrage à
2000 mètres. Je mets en route le dégivrage des plans et
des moteurs, et c'est le moteur droit qui givre et qui s'arrête.
Obligé de descendre et tous les instruments de vol ne
fonctionnent plus. Il ne me reste que le compas et la bille. Je tâche
de revenir sur la vallée du Rhin, mais arrivé à
1500 mètres je m'attendais à heurter un des sommets de
la Forêt Noire d'une seconde à l'autre. Heureusement
c'est au-dessus de Strasbourg que je perce les nuages, mais j'avais
eu très chaud.
Je ramène à Paris le 1er
janvier, l'avion qui était toujours sans instruments, et on
découvrit qu'il y avait eu une erreur de montage dans le
circuit d'air qui alimentait les dégivreurs et les instruments
de vol.
Pendant l'hiver 38-39, je fais presque uniquement
Paris-Cologne-Berlin. A Berlin je vois les défilés des
troupes nazi et les rues sont couvertes de drapeaux rouges avec la
swastika. J'étais à Berlin le soir de la nuit de
"cristal", où on cassait le vitrines des magasins
juifs pour mieux les piller. Dans mes passagers il y avait souvent
des Juifs qui manifestaient leur joie lorsque je leur annonçai
qu'on passait la frontière française. J'avais assez
souvent comme passager le Capitaine Stelhin, l'attaché
militaire à Berlin. Il venait souvent au poste de pilotage et
l'on zigzaguait sur la route pour identifier les terrains de la
Luftwaffe et compter les avions. Mais à son retour sur Berlin
il était désolé de constater que personne ne
voulait l'écouter dans les milieux gouvernementaux.
***
TOP
Septembre 1939,
c'est la mobilisation générale et je suis nommé
sous-lieutenant le jour de la déclaration de la guerre.
J'avais le pressentiment que les guerres tournaient mal lorsque nous
les déclarions comme en 1870.
Avec les avions d'Air France
on avait formé des groupes de transport qui étaient
totalement inactifs pendant la "drôle de guerre".
Avec mon ami Raymond Tixier qui avait été avec moi à
la 1er Escadre
de Chasse au Bourget, nous décidons de faire une demande pour
une unité de chasse au combat, ce qui fut accepté.
Raymond
Tixier et moi, nous nous retrouvons à Montpellier pour
l'entraînement à la Chasse et au début avril nous
sommes affectés au groupe
de chasse 2/4, Escadrille des Petits Poucets et des Diables rouges
avec avions Curtiss P36 américains.
Le groupe avait été engagé depuis le début
des hostilités et avait obtenu déjà de brillants
résultats. Le Groupe est basé sur le terrain de
Xaffévillers dans les Vosges. Mes premières missions se
font sur la frontière Pirmasens-Deux Ponts et peu de
rencontres avec l'ennemi. C'est au retour d'une de ces missions qu'il
m'arrive une très mauvaise aventure: le terrain de
Xaffévillers était très boueux et, en me posant
je sens les roues qui freinent dans une mare d'eau, et je suis un peu
projeté vers l'avant, et malheureusement j'appuie sur les
freins qui sont sur les pédales du palonnier, freins auxquels
je ne suis pas bien habitué et c'est le capotage brutal. La
verrière du cockpit se referme et je suis la tête en bas
sans pouvoir sortir. Je ne peux pas détacher les bretelles et
les ceintures qui me soutiennent car je serai coincé sur la
tête et sans pouvoir sortir. Ce qui rend la situation
désagréable c'est qu'il y a une forte odeur d'essence
et que le moteur doit être encore rouge. Je m'attends donc à
ce que tout explose et prenne feu d'une seconde à l'autre, et,
cela a duré plus de dix minutes, le temps que l'on vienne pour
soulever l'avion et me dégager.
Et puis c'est le 10 mai: le terrain est
bombardé, mais sans trop de mal, à 5h du matin alors
que nous sommes encore au lit. Le Commandant Borne décide de
mettre une patrouille de 2 avions en alerte au sol et une autre en
vol pour la protection du terrain. Je suis donc en alerte au pied de
mon avion lorsqu'un planton arrive en courant et me tend un ordre de
décollage: "Partez intercepter une formation de 100
bombardiers protégés par cinquante chasseurs qui sont
au-dessus du col de Saverne".
Il paraît qu'en lisant
cet ordre, je suis devenu blanc comme un linge… mais on ne
discute pas un ordre aussi idiot soit-il, et, je décolle avec
mon équipier. Heureusement les bombardiers et les chasseurs
sont déjà loin lorsque j'arrive au col de Saverne.
Il
semble que toutes les autorités, à tous les échelons,
ont perdu, avaient perdu la tête. Autre exemple: on voulait
protéger notre terrain, mais pour faire une protection
permanente, on ne pouvait mettre en l'air que deux avions. Ou il n'y
a aucune attaque et cette mission ne servait à rien, ou on
rencontrait toute une formation ennemie et on était en état
d'infériorité. C'est ce qui s'est passé pour mon
ami Raymond Tixier qui était en protection du terrain attaqué
par une forte formation de Messer 109. Il y eut un bref engagement et
son avion s'est mis en vrille. Or le Curtiss avait un grave défaut:
lorsque le réservoir supplémentaire qu'on avait dans le
dos était plein, l'avion étant alors très
décentré et on ne pouvait pas sortir d'une vrille.
C'est ce qui est arrivé à Tixier. Il a bien essayé
de sauter en parachute, mais il était trop bas et il n'a pu
s'ouvrir. Que ce soit à l'échelon du Groupe ou de
l'Etat Major même incohérence: de missions sans but et
sans succès, deux avions par ci, deux avions par là.
On
constate qu'on est encore plus mitraillé par la DCA française
que par l'allemande. Ils sont incapables de reconnaître si un
avion est français alors ils tirent sur tout ce qu'ils
aperçoivent, d'où la légende "il n'y avait
aucun avion français dans le ciel". Au cours d'une
mission de "chasse libre", la seule mission qui permettait
des résultats, c'est mon premier combat réel. Nous
attaquons une forte formation de Messerschmits 109. Je choisis un
ailier et je fais l'approche classique: un fort piqué et je
remonte dans la queue du Messer qui ne peut me voir.
J'approche de lui à moins de 50
mètres et il était si près qu'il débordait
de mon collimateur. Mais j'ai une petite hésitation avant
d'ouvrir le feu. Cela me paraissait inconcevable de détruire
un avion même ennemi.
Probablement prévenu par radio
par un de ses camarades le Messer fait un brusque retournement et je
manque de lui rentrer dedans. Nous étions si bas que je crus
qu'il allait percuter le sol mais il passe tout de même et
disparaît.
Il faut savoir que la majorité des pilotes
allemands étaient très jeunes et sans beaucoup
d'expérience, et dans une bagarre nous avions un ascendant
moral aussi étonnant que cela puisse paraître lorsqu'on
se croise à plus de 500 k/h.
Une autre fois dans une grande
bagarre avec les Messer je me retrouve tout seul avec 4 Messer dans
le dos. Je me suis bien cru perdu car je ne pouvais m'échapper,
le Curtiss étant 100 km moins vite que le Messer. Dès
que je voyais un Messer qui arrivait dans ma queue, je réduisais
et je virais très sec (le Curtiss virait beaucoup mieux que le
Messer). Cette bagarre m'a semblé très longue, et
pendant que je me défendais au mieux, j'ai pensé à
la chèvre de Monsieur Seguin et à me défendre
jusqu'au bout, mais les Messer se sont découragés et
sont partis. Il ne devaient pas être très forts et n'ont
même pensé qu'ils pouvaient faire une attaque par
l'avant et une par l'arrière, auxquelles je n'aurais pu
échapper.
Un matin, le terrain est attaqué par tout
un groupe de Messer 109 et 110 qui mitraille nos avions plus ou moins
camouflés dans des petits bois qui entourent le terrain. Le
bruit des balles et des obus est impressionnant et amplifié
dans les banches des arbres. Nous sommes tous à plat ventre et
quand nous nous relevons il y a 5 Curtiss qui flambent.
Le 9 juin
c'est une autre combat qui me laisse un mauvais souvenir. J'étais
ailier de Plubeau, l'as de l'escadrille avec 14 victoires et nous
étions en patrouille basse. Soudain je le vois partir en piqué
vers un Heinkel isolé, et je suis surpris par ce départ
rapide comme tout le monde de la formation et j'ai quelques centaines
de mètres de retard. Plubeau arrive dans la queue de l'avion
et arrose son droit qui prend feu. Je ne suis plus guère qu'à
150 mètres derrière lui lorsqu'un Messer 109 fait une
manœuvre audacieuse et se place entre moi et Plubeau. J'hésite
un peu avant de tirer car le point central de mon collimateur est
centré sur Plubeau en raison de la correction de tir mais le
Messer a le temps de lâcher une rafale sur Plubeau dont l'avion
prend feu aussitôt, ce qui n'est pas étonnant car le
réservoir supplémentaire qui est derrière le
pilote n'est pas protégé, et quand il est vide, les gaz
d'essence explosent à la première balle incendiaire. Je
vois Plubeau sauter et faire une longue descente en chute libre, et
je respire pour lui quand je vois son parachute, mais de quel côté
va-t-il tomber? Ce sera dans les lignes françaises avec de
bonnes brûlures dans le cou, et près du sol il est reçu
par des tirs de soldats français heureusement assez maladroits
pour le manquer. C'est bien une preuve de la panique de l'armée
française qui tire sur un parachute isolé, ce qui ne
doit pas se faire même sur un ennemi qui est désarmé.
Cet
accueil par les soldats français sera aussi celui du
Lieutenant Blanc descendu quelques jours plus tard. Et cela nous met
en mémoire le drame du Capitaine Claude qui commandait mon
escadrille au début des hostilités, descendu dans un
combat au-dessus de l'Alsace, son corps criblé de balles au
bout de son parachute. On avait alors accusé un pilote
allemand de lui avoir tiré dessus, mais les aviateurs
allemands ont prouvé tout au cours de la guerre qu'ils étaient
chevaleresques. C'est donc probablement des Français qui
avaient tué le Capitaine Claude.
Dans la mission de
l'après-midi, après avoir protégé un
avion de reconnaissance, la formation rentre au terrain et je suis le
plus bas de la formation. J'aperçois un Henschkel (Henschel
?), un monomoteur biplace qui fait de la reconnaissance sur le front
de combat. Je le seringue copieusement, mais il est blindé et
il résiste bien tant que son pilote n'est pas touché.
Il sera tout de même abattu avec l'aide de mes équipiers.
Nous
avions quitté Xaffévillers pour Orconte situé
près de Vitry le François, et détail amusant, je
découvre gravé sur une table du mess le nom de Saint
Exupéry qui occupait précédemment le terrain
d'Orconte avec sa formation. Le terrain était situé
près d'un canal, et j'aimais dans les temps libres aller à
la pêche, c'était un bon moyen de penser à autre
chose qu'à la guerre et trouver une sorte de paix. En fait ce
n'était pas en vol qu'on avait le plus peur, il y a trop de
choses à faire, c'était plutôt au sol que l'on
est le plus mal à l'aise car on réalise que l'on a peu
de temps à vivre si la guerre se poursuit à cette
cadence: déjà 10 pilotes tués sur les 30 du
groupe. Ce que je trouvais le plus pénible, c'était
être en alerte renforcée, c'est à dire dans
l'avion tout harnaché et prêt à décoller.
Or si le terrain était attaqué et que l'on décolle
dès qu'apparaissaient les avions ennemis, on était sûr
de se faire descendre avant d'avoir pris de la vitesse et ces alertes
renforcées duraient souvent plus de deux heures.
Quelques
jours plus tard, dans une bagarre avec des Messer 109, j'en vois un
qui part en ligne droite et à une vitesse assez réduite,
était-il blessé? Je peux le rattraper et tire quelques
courtes rafales jusqu'à qu'il parte en piqué et
s'écrase au sol.
Une chose qui nous a beaucoup handicapé,
c'est de ne pas avoir une radio convenable, nous ne pouvions guère
communiquer entre nous et encore moins avec le sol. Si le poste
marchait c'était pour entendre les Allemands mais rein en
français.
Quelques missions encore et c'est la retraite.
D'abord un petit terrain pas loin d'Avord. Le moral était très
bas et nous déjeunions dans un mess improvisé. Arrive
un planton avec un message. Etant à côté du Cdt
Borne, j'y jette un coup d'œil: "faire une reconnaissance
vers le nord pour repérer les formations ennemis", une
mission suicide et stupide et chacun tremblait d'être désigné.
Le Cdt Borne dit alors: "c'est moi qui ferait cette mission".
Nous essayons de le convaincre que cette mission ne servirait à
rien, mais il part et évidemment ne rentre pas. On apprit par
la suite qu'il s'était descendre près de Dijon où
sa mère habitait.
Puis c'est Perpignan, Alger, Meknès,
et, fait unique, notre échelon roulant trouve un bateau à
Marseille et nous rejoint à Meknès.
A Meknès
remise de décoration par le Général Vuillemin.
Il me donne la croix de guerre avec les deux citations
suivantes:
"Cordier Bernard, sous-lieutenant au Groupe II/4.
Officier de valeur, courageux et brave, précédemment
affecté à une section d'avions de transport, est venu
sur sa demande dans une formation combattante. N'a cessé
depuis son arrivée de se signaler par son cran, son énergie
et son audace. Pilote de Chasse ardent totalisant 2400 heures de vol
dont 55 de guerre. Dans la matinée du 9 juin 40, au cours d'un
engagement contre une forte expédition de bombardiers ennemis,
a réussi d'abattre l'un d'eux en compagnie de ses camarades,
malgré l'intervention de la chasse adverse. Le 11 juin 1940 au
cours d'une attaque contre un avion de reconnaissance ennemi, a
réussi à l'abattre avec sa patrouille après un
combat acharné." (1ère et 3e victoires
officielles)
"Brillant Officier Pilote de Chasse, excellent
manœuvrier et tireur remarquable, vient de donner une nouvelle
preuve à sa valeur en abattant un avion de bombardement (He
111) protégé par une chasse très supérieure
en nombre" (3 victoires officielles plus une probable soit 4
victoires).
Je serai fait chevalier de la Légion d'honneur
le 27 mars 1945 puis officier le 31 décembre 1954.
Lieutenant-Colonel de réserve le 1.1.1957.
La chasse française aura abattu plus de 1000 avions allemands, autant qu'ils en auront perdu pendant la bataille d'Angleterre. Mais le Groupe II/4 avait perdu 10 pilotes tués, 5 blessés et 1 prisonnier.
Je suis démobilisé à Meknès et je retrouve Air France relié à Marseille. Air France avait alors ouvert une ligne Vichy-Toulouse-Marseille-Lyon-Vichy. On tournait en rond dans la petite zone non occupée. En décembre 40 un plus long voyage jusqu'à Beyrouth avec escale à Tunis, sur un avion Farman quadrimoteur, un de ceux qui avaient été prévus pour l'Atlantique Sud.
Je suis le copilote du chef pilote Durmon. Le voyage se fait de nuit et dans une zone orageuse nous avons un spectaculaire coup de foudre, sur les bords d'attaque des flammes violettes, au bout des hélices des flammes vertes et dans la carlingue se forme une boule lumineuse grosse comme un ballon de football qui se promène entre Durmon et moi puis explose comme un coup de canon en laissant sur tous les instruments une légère couche de soufre.
En juin 1944, c'est la guerre en Syrie.
Le gouvernement réquisitionne 8 Dewoitine 338 pour faire une
navette entre Athènes (occupée par les Allemands) et
Alep en Syrie et tous les vols se font de nuit. Le Gouvernement de
Vichy affirmait qu'aucun avion allemand ne s'était posé
en Syrie en allant vers l'Irak, or je vois un Heinkel 111 endommagé
au milieu du terrain du terrain d'Alep. On me confirme que plusieurs
avions allemands avaient été ravitaillés à
Alep.
Au premier voyage un de mes trois moteurs s'arrête,
heureusement pas trop d'Athènes que je peux regagner malgré
la surcharge.
On m'envoie plus tard à Rayack où est
stationné un groupe de Chasse de Dewoitine 520 et j'assiste à
des beaux combats juste au-dessus du terrain où 6 Anglais sont
descendus en quelques minutes.
A Rayack, j'ai une aventure assez
ridicule: pendant un repas au mess, un jeune Officier me prend à
parti en disant que tous les pilotes d'Air France sont des lâches.
Il tombait mal puisque j'étais le seul pilote d'Air France à
avoir combattu et j'avais 4 victoires sur les Allemands alors que lui
n'en avait aucune et je suis soutenu par mon ami Le Gloan qui était
l'as de ce Groupe. Mais ce qui m'a le plus surpris c'est que le
Commandant Geille qui commandait le Groupe me dit: "Puisque vous
êtes l'offensé, vous avez le choix des armes pour un
duel". C'était tellement stupide que je me suis contenté
de lui répondre: "ma religion m'interdit le duel" et
les choses en sont restées là.
Etant à
Rayack, j'ai assisté à un breefing où les
Dewoitines devaient se tenir en alerte pour protéger des
bombardiers allemands qui devaient bombarder la flotte anglaise au
large de Beyrouth. Mais les Allemands ne sont pas venus.
J'ai
repris la navette entre Alep et Athènes, une quinzaine en
tout. C'est au dernier voyage que c'est posée une décision
qui est le remords de ma vie. On avait embarqué à bord
de mon avion, une vingtaine de pilotes anglais descendus par la
chasse française pour les remettre aux Allemands à
Athènes. Lorsque j'étais à peu près
au-dessus de Chypre, un pilote anglais est venu au poste de pilotage
en me demandant d'aller plutôt au Caire qu'à Athènes.
J'ai hésité et refusé car j'avais ma famille à
Marseille, mon père, ma mère et ma sœur avec ses
deux enfants dont son mari avait déjà rejoint de Gaulle
à Londres, et c'est moi qui assurait la subsistance de toute
la famille.
J'ai pensé plus tard que ce n'était pas
une raison suffisante car il y avait une question d'honneur que je
n'avais pas assurée. Ces pilotes anglais ont d'ailleurs été
rendu aux Anglais en raison des conditions d'armistice qui
terminaient la guerre en Syrie. Mais deux ans plus tard, je me
trouvais en Ecosse dans une base de la RAF, un soir du 31 décembre.
Il y avait une fête où l'on buvait beaucoup et un
officier anglais vient me prendre à partie en m'insultant
copieusement. Nous allions en venir aux mains lorsque le Group
Captain s'interpose et me dit; "Il ne faut pas en vouloir à
ce pilote, il a été descendu en Syrie et les Français
l'ont livré aux Allemands. Je ne pense pas qu'il était
dans mon avion et qu'il avait reconnu, mais ce mauvais souvenir se
ravivait.
Fin 41 et année 42, je fais des voyages sur Dakar et en Afrique dans les territoires contrôlés par Vichy, ce qui me permettait de rapporter un peu de ravitaillement à ma famille qui souffrait bien des restrictions d'alors.
Le 13 novembre 42, c'est le débarquement
des Américains en Afrique du Nord. On m'envoie à Vichy
avec quelques autres avions pour évacuer Pétain et son
gouvernement mais il refuse de quitter la France.
Quelques jours
après ce débarquement, la France étant alors
entièrement occupée, un beau matin arrive à la
maison le Commandant Manuel, l'adjoint du Colonel Pauy du BCRA de
Londres, venant inspecter les réseaux de la résistance.
A midi je veux lui offrir un bon repas dans un restaurant de marché
noir qui se trouvait un peu en dehors de Marseille. Arrivé sur
place, je constate avec ennui que ce restaurant venait d'être
réquisitionné pour servir de mess aux officiers de la
Wermatch (Wehrmacht). Il était trop tard
et nous avions faim, Manuel, ma sœur et moi. Je vais alors
demander au patron s'il ne pouvait pas nous donner à déjeuner
dans un petit coin. Il va demander aux Allemands s'il ne peut pas
donner à manger à quelques amis. Les Allemands
acceptent et nous déjeunons au milieu d'un grand nombre
d'Officiers allemands. Le brave Manuel qui avait Londres quelques
jours avant avait plutôt l'appétit coupé.
C'est
Manuel qui me met en liaison avec le réseau "Phatrie"
qui travaillait entre Marseille et Nice. On me charge de tout ce qui
concerne la Luftwafe. Assez vite je ne suis pas à l'aise dans
ce travail, les "boîtes aux lettres" pour remettre
ces renseignements marchaient très mal. De plus il n'y avait
aucune direction dans ce réseau. On se réunissait au
Martinez de Cannes et n'importe pouvait voir que nous étions
des "résistants".
Je demande alors à être
inscrit pour un départ en Angleterre et Londres est d'accord.
Il faut dire que mon beau-frère dirigeait la section
Renseignement du BCRA.
C'est alors une longue attente avec de
nombreux contre ordres en attendant une opération Lysander. Ce
qui embrouillait les choses c'est que nous étions 3 Cordier
prévus pour ce départ. Mlle avait donné ce nom
avec de faux papiers à Manuel. De plus le Lieutenant de
Vaisseau Sonneville avait aussi des pièces d'identité
au nom de Cordier pour son séjour en France. Dans les liaisons
radio on parlait beaucoup de Cordier et la Gestapo cherchait à
savoir qui ce Cordier. Ils sont venus à Air France pour voir
mon dossier et prendre une de mes photos. J'en étais averti de
plusieurs côtés que j'étais activement recherché
par la Gestapo. J'ai eu alors une chance extraordinaire. J'avais
rendez-vous avec Simon, chef de réseau à Passy. Il
habitait au sixième et j'avais la bonne habitude de ne pas
prendre l'ascenseur. Arrivé au sixième, je vois par la
porte entre ouverte les longs manteaux de la Gestapo. Je redescends
aussitôt sur la pointe des pieds et passe devant la loge de la
concierge où il y avait plusieurs Gestapistes qui heureusement
ne m'ont pas vu. A la Libération on m'a montré une
petit livret de la Gestapo où il y avait tous les noms des
résistants recherchés et un Cordier figurait à
la première pas en gros caractères. Si j'avais été
pris, j'en aurai vu de dur…
Enfin le 15 juin 43, la BBC diffuse un
message indiquant la confirmation d'une opération Lysander.
On
m'indique que je dois prendre le train de 16 heures pour Compiègne.
A l'arrivée sur le quai de la gare, je reconnais Jean Ayral,
un de mes anciens scouts. Nous faisons semblant de nous ignorer mais
nous nous retrouvons quelques heures plus tard au rendez-vous dans
les champs.
En attendant les avions, Jean me raconte quelques unes
de ses aventures de guerre, en particulier celle ou étant pris
par la Gestapo il put s'enfuir d'un local du boulevard Raspail où
ils étaient gardés, lui et d'autres résistants,
par deux sentinelles en armes. L'un des prisonniers demanda à
aller aux toilettes et est accompagné par une des sentinelles.
Jean se précipite sur l'autre sentinelle, l'assomme avec son
propre fusil et s'enfuit vers la porte les menottes aux mains. Des
officiers allemands le voient et lui tirent dessus mais le ratent. Il
entre dans un immeuble, monte au grenier et se cache sous une
couverture. Les Allemands qui le poursuivaient donnent un coup de
baïonnette dans la couverture mais sans le toucher. J'ai
retrouvé Jean Ayral deux ans plus tard en Corse où il
organisait un petit commando qu'on devait parachuter à Toulon
quelques jours avant le débarquement en Provence. Ce qu'il fit
et à l'approche des troupes françaises il s'installa
dans un immeuble à un croisement de routes et commence à
canarder les Allemands dans leur dos, ceux-ci se croyant contournés
se replièrent. Alors Ayral descendit sur la route en faisant
le V de la victoire, mais une balle française le tua sur le
coup.
Vers 22 heures, deux Lysander arrivent au-dessus du champ
qui avait été choisi. 3 lampes torches disposées
en L indiquent le sens d'atterrissage, les 2 lampes da la base
indiquent là où l'avion doit toucher des roues. Je
monte dans l'avion piloté par le Po McCairns (nuit
du 15 au 16 juin 43, nom code: NICOLETTE, terrain "Pêche",
NO de Compiègne, Hugh Verity, note lepeps) et
après une heure et demie de vol, il se pose à Tangmer.
Pas de flak ou presque, les pilotes étaient bien renseignés
sur l'emplacement des batteries qu'ils savaient évités.
On me fait grâce de "Patriotic School" où sont
interrogés pendant plusieurs jours ceux qui arrivent de
France. On me conduit le lendemain à l'hôtel Carlton où
il y a un chef français qui m'ouvre la chambre froide pleine
de victuailles; "Prenez tout ce qui vous fait envie". C'est
le Paradis quand on a souffert des restrictions en France. C'est
aussi le grand soulagement de ne plus se savoir recherché par
la Gestapo, ne plus être obligé de changer de domicile
chaque nuit. Plusieurs mois se passent à Londres où je
rencontre Georges
Libert, l'ancien chef pilote d'Air Bleu et qui sera mon compagnon
pendant tout le temps passé dans la R.A.F.
TOP
Le BCRA voudrait que nous soyons admis tous
les deux au Squadron 161 de la R.A.F. qui fait les opérations
Lysander en France. Mais les Anglais font la sourde oreille voulant
garder l’exclusivité des opérations leur
permettant de lire le courrier de France avant de le remettre au
B.C.R.A.. Il faudra une intervention de de Gaulle auprès de
Churchill pour qu’ils admettent notre intégration, mais
ce sera dans le Squadron 148 basé à Brindisi en Italie.
Avec Libert je pars en novembre 43 pour suivre dans les différentes
écoles de la R.A.F. tout l’entraînement
réglementaire. Ce seront les stages A.F.U. à South
Cernay près de Cirenster puis le B.A.T. de Cranage.
Une
parenthèse pour raconter une petite histoire assez étonnante.
En arrivant à Londres les résistants prenaient un
pseudonyme pour brouiller les pistes. On me donne celui de "Archer".
Or un de mes bons amis Pierre Pery avait fait un passage à
Londres avant mon arrivée et avait dit à une de ses
amies de Londres, Mrs Chardey, "un de mes très bons amis,
Bernard Cordier, doit arriver à Londres bientôt, traitez
le aussi bien que moi". Dans une réunion je fais
connaissance de cette Mrs Chardey ignorant qu'elle connaissait P.
Pery et ce qu'il avait dit pour moi. Nous sympathisons et elle
m'invite plusieurs fois à dîner mais toujours sous le
nom d'Archer. Or un soir, elle me dit:" ne seriez-vous pas
Bernard Cordier?". Très surpris qu'elle ait pu découvrir
mon véritable nom alors sue le secret était de rigueur
pendant la guerre. Je luis demande comment elle a découvert
mon nom. Elle me dit qu'elle est allée récemment dans
une réunion de spirites et avait demandé au médium
ce qu'était devenu Bernard Cordier. Le médium lui dit;
"mais vous l'avez reçu hier à dîner".
Intrigué
par cette histoire de spirites, je lui demande d'assister à
une de ses séances et un jour j'y suis invité.
Autour
d'une table, nous sommes plusieurs dans une certaine pénombre,
le médium, en transes, se met à parler avec un curieux
accent anglais, l'esprit invoqué était d'origine
espagnol !!! Il s'adresse tout de suite à moi: ce militaire
qui a un uniforme avec de beaux galons dorés (j'étais
pourtant en civil), fait souvent des plaisanteries sur la mort…
ce n'est pas convenable (en effet dans l'aviation on aime ce genre de
plaisanteries)
Il y a quelqu'un qui voudrait vous parler, il
s'appelle: "Dani… Danilo… Danielou. Tu fais bien
de rechercher toujours ce qu'il y a de difficile, cela e servira dans
la vie". Or Louis Danielou (le frère du futur cardinal)
était un de mes anciens scouts à Ste Croix de Neuilly.
Il avait rejoint de Gaulle en Angleterre et après avoir servi
dans les vedettes lance-torpille, on l'avait chargé d'une
mission au Maroc mais l'hydravion qu'il avait pris s'était
écrasé à Gibraltar et il avait été
tué. Il n'était connu à Londres que sous le nom
de Clamoshan?
Ensuite
le médium me dit: "il y a aussi un gentleman qui voudrait
vous parler, c'est votre père (mon père était
mort quelques mois auparavant). Ne t'inquiète pour ta famille,
elle est dans la maison de campagne de l'Yonne". J'ai vérifié
plus tard que c'était exact.
Avec Libert nous recevons notre
affectation au Squadron 148 basé
à Brindisi. C’est aussi un squadron spécialisé
dans les "opérations spéciales" et qui
travaille dans les pays méditerranéens. Nous y
retrouverons d ‘ailleurs les meilleurs pilotes du Squadron 161
: McCairns, qui m’avait sorti de France et Peter Vaughan-Fowler
qui sera le commandant du C. Flight. Mais c’est à nous
de trouver nos deux Lysanders.
On découvre qu’il y en a deux en Syrie. Ils sont
quasiment réformés car ils ont fait toute la campagne
du Fezzan avec le Général Leclerc.
Toujours
avec Libert nous partons pour la Syrie en mars 1944 et on nous montre
les deux vieux Lissy – à peu près retapés.
Nous les convoyons jusqu’à Alger où on refait les
entoilages pourris et où on installe l’échelle
extérieure. On ne savait pas l’âge ni les
révisions des moteurs Hercules sans soupapes, mais nous avions
vu qu’ils consommaient pas mal d’huile. Nous rejoignons
le Squadron 148 à Brindisi où on nous installe des
réservoirs supplémentaires sous le ventre du fuselage.
Enfin fin avril 44 nous
sommes " opérationables ".
Ces
opérations d’atterrissages en pays ennemi sont assez
rares parce que longues à préparer : il faut faire
venir du pays visé un opérateur susceptible d’être
capable de trouver un terrain et d’organiser l’atterrissage
et le renvoyer chez lui lorsqu’il aura été formé.
Cet entraînement se fait en Angleterre. Lorsqu’il aura
trouvé un terrain ad hoc, ce terrain sera ensuite photographié
par un avion spécial en photo aérienne. Puis la R.A.F.
donnera son accord et c’est par radio qu’on indiquera le
jour de l’opération.
Le
C. Flight fait mouvement sur Bastia en Corse d’où
partiront les opérations vers la France.
Ce sera le 10 juillet 44 que Libert et
moi sommes désignés pour une double opération
sur le terrain "Figue" qui est situé à 20 km
NE de Lyon ; tout à côté du champ de manœuvre
de la Valbonne.
Vers 23
heures c’est Libert qui décolle le premier du terrain de
Borgo et je le suis aussitôt. Décollage pénible
car le Lysander malgré ses 800 CV est chargé de 3
passagers et d’un réservoir de 200 litres. Je me traîne
à 100 m d’altitude au second régime car les
volets de bords d’attaque refusent de rentrer. Je ne peux même
pas passer les petites collines du Cap Corse mais après un
piqué jusqu'au ras des vagues, les volets rentrent et le Lissy
veut bien prendre l'altitude de 3000 mètres. Vol sans histoire
au-dessus de la vallée du Rhône. Très peu de
flak. On voit seulement quelques petites boules oranges qui semblent
monter assez lentement mais tout de même passent très
vite lorsqu’elles arrivent à hauteur de l’appareil.
Vers 2 heures du matin
nous tournons autour du point de rendez-vous, mais sans voir les 3
lampes torches qui indiquent le lieu de l’atterrissage, ni la
lettre en morse du code.
Après
15 ou 20 minutes de vol nous décidons de retourner à
Bastia ce qui fera 6 h de vol pour rien.
A
Bastia on a pu avoir un contact radio avec Lyon et nous décidons
de repartir le soir même.
Les
3 passagers de chacun des avions n’étaient pourtant
guère enthousiastes de passer une seconde nuit dans le
Lysander, debout et serrés comme dans une boîte de
sardines. Cette fois-ci nous avons un beau repère sur la côte
française. Toulon venait d’être bombardé
par les Américains et on voyait les flammes dès le
décollage.
Arrivés
au lieu de rendez-vous, le balisage était bien en place: 2
lampes torches fixées sur des piquets indiquent là où
il faut toucher des roues, et la troisième à 110 m
indiquait le sens de l ‘atterrissage face au vent. Georges se
pose le premier et je tourne au-dessus du terrain en attendant qu’il
redécolle.
Je
constate alors qu’il y a beaucoup d’activité sur
le champ de manœuvre de la Valbonne, les Allemands faisant des
exercices de nuit avec tirs réels et fusées
multicolores.
Voyant que
Georges ne repartait pas et le sol m’envoyant la lettre du code
en morse, je me pose à mon tour et Georges vient me dire :
"J’ai calé mon moteur et vidé ma batterie.
Rien à faire.".
Il
faut savoir que le moteur Hercules était excellent mais avait
le défaut particulier aux moteurs sans soupapes: il refusait
absolument de démarrer lorsqu’il était chaud.
Alors attendre 2 h qu’il refroidisse et la batterie à
plat ? Les Allemands de la Valbonne avaient peut-être entendu
les 2 avions et allaient arriver sans tarder.
Il
fallait partir au plus vite. On demande à l’agent chargé
de l’opération de mettre le feu à l’avion
dès que tout le monde aura quitté le terrain et Georges
monte à la place arrière de mon avion.
Le
Lysander était beaucoup plus léger, je prends le cap
direct vers la Corse en survolant toutes les Alpes. La nuit était
très belle et j’admirais les sommets neigeux lorsque à
hauteur de la Barre des Ecrins je découvre un ruisseau d’huile
qui coule entre mes jambes.
Panne
possible et peut-être proche et le sol n’est guère
hospitalier. Toutes les vallées sont dans le noir le plus
absolu, la lune ayant disparu.
Pas
question de sauter en parachute. Le passager n’en ayant pas, la
coutume dans la R.A.F. voulait que le pilote retourne les sangles du
sien pour ne pas être tenté de s’en servir.
Je
dis à Georges que nous allons avoir des ennuis et il me répond
: "J’ai perdu mon avion, débrouilles-toi avec le
tien.".
Heureusement
le réservoir d’huile est assez important pour les
moteurs sans soupapes et comme il se trouvait dans le dos du pilote
je pouvais sentir avec ma main la hauteur de l’huile chaude et
je constatais que le niveau ne baissait pas trop vite. En effet nous
avons pu regagner la Corse de justesse.
Au retour à
Brindisi, violente rafale du Group Captain Rankin pour avoir
abandonné l'avion sans le détruire, ce qui n'était
pas facile vu les circonstances, mais un avion photo P.R.U. prouva
que l'avion avait bien brûlé. Le fermier qui nous avait
accueillis sur son champ me raconta plus tard qu'il avait été
obligé de sacrifier le seul bidon d'essence qu'il avait pour
faire brûler les 1000 litres d'essence de l'avion, et que les
Allemands étaient venus chercher un cercueil.
Ce Group
Captain Rankin était franchement détesté par
toute la base de Brindisi. Un jour, son avion Halifax s'écrase
au décollage et prend feu. Toutes les munitions explosent dans
un beau feu d'artifice et je rencontre des mécaniciens
hilares… "C'est le Group Capain qui vient de se casser la
gueule!" Il s'en est tout de même sorti mais quelques mois
plus tard il sera cassé sans que j'en sache la raison exacte.
Nous avions un avion de liaison, un petit bimoteur Cessna et n'ayant pas d'opérations en vue, je décide d'aller au Caire avec un des pilotes chercher des pièces de rechange pour nos Lysander. Grande joie de trouver le Caire bien au dehors de la guerre et on nous conduit dans les vastes souterrains d'où on avait retiré les pierres des pyramides. On y avait installé le magasin des pièces de rechange pour l'aviation. C'était la caverne d'Ali Baba où nous avons trouvé tout ce dont nous avions besoin.
Le 14 juillet 44, opération
double au départ de Brindisi pour Almiros qui était à
une centaine de kilomètres d'Athènes, pilote F.O.
Attenborough et moi-même. Mon passager était un Général
Grec qui arrive avec trois valises. On lui fait comprendre qu'une
seule doit lui suffire, et dans le vent des hélices, il fait
le tri dans ses valises. Il fait beau, mais pas de lune, ce qui
complique un peu la navigation au dessus des régions
montagneuses de la Grèce. Je distingue tout de même le
Mont Parnasse qui est sur ma route. Nous arrivons tous les deux
ensemble au dessus d'Almiros et le problème est de descendre à
l'aveuglette entre les montagnes, mais la mer proche est un bon
repère même dans la nuit. Attenborough se pose le
premier et repart rapidement. J'atterris à mon tour et, en
faisant demi-tour, je distingue un uniforme allemand, ce qui est
généralement ce que l'on craint le plus dans ce genre
d'opérations. Mais puisque le premier atterrissage s'était
bien passé et que le groupe d'accueil semble très
calme, on m'explique que n'ayant pas de passagers prévus pour
le retour, on me donne un prisonnier allemand qui encombre les
partisans. C'est un adjudant qui me semble assez paisible. Il monte
donc à la place arrière et je mets le cap sur Brindisi.
A mi parcours je vois les lampes de bord qui faiblissent donc plus de
courant dans la batterie. Donc pas d'espoir de prendre le radio-phare
de Brindisi, cependant j'arrive tout de même au dessus du
terrain mais par malchance arrive aussi tout un groupe de Halifax
revenant de mission. Pas de radio pour demander un tour
d'atterrissage, pas de feux de position et plus beaucoup de d'essence
en réserve. J'arrive tout de même à me glisser
entre 2 Halifax et à dégager rapidement la piste. Je
trouve l'explication de la panne de courant. Le contact général
qui commande la charge de la batterie se trouve à la place
arrière et le brave allemand qui devait s'ennuyer avait coupé
le contact.
J'ai pu
constater ce jour là, le "fair play" des Anglais. Au
retour de mission on avait droit à deux œufs frais, au
lieu des tristes œufs en poudre. Et on invite le prisonnier à
notre table. Je trouve cela un peu anormal, mais les Anglais me
disent: " il a dû avoir peur pendant le voyage, il faut
bien le réconforter ! ".
Le terrain de Brindisi était juste au bord de la mer et il était bien agréable en été de pouvoir se baigner dans une jolie crique d'eau claire. Un jour nous avions été faire un entraînement à une quinzaine de kilomètres de notre base et nous revenions avec notre jeep toute neuve en étant près de huit passagers sur la voiture et j'étais à l'arrière du véhicule. Nous marchions à plus de 100 k/h sur une route toute droite et déserte lorsqu'une charrette débouche d'un chemin creux. Notre conducteur fait un petit écart pour l'éviter, mais la jeep qui tient très mal la route, roule d'abord sur deux roues vidant tout le monde sur la chaussée avec jambes et bras cassés. Elle se retourne complètement et je vois le bitume à quelques centimètres de mon nez, pensant être broyé mais sans sentir la douleur. Après avoir glissée sur près de 50 mètres sur la route, la jeep sort sur le bas côté, va renverser un cerisier, mais reste suspendue au dessus du fossé et je peux me dégager sans une égratignure et même pas une tache sur mon uniforme. Comment étais-je passé de l'arrière à l'avant pour me recroqueviller sous le tableau de bord? J'étais pensé que c'était la Sainte Vierge qui m'avait protégé ce jour-là.
Puis ce sera le débarquement de
Provence avec les milliers de bateaux attendant leur tour pour
débarquer leurs troupes.
Puis ce sera la libération
de Paris dans les derniers jours d'août et le 2 septembre M.
Soustelle, le patron de la D.G.E.R. veut revenir à Paris. Une
bonne partie de la France est encore occupée par les
Allemands, mais aucun avion en vue! Avec le petit Cessna bimoteur
nous rejoignions Toussus et Paris.
Je
retrouve avec joie ma famille après plus de deux ans
d'absence, mais ce qui m'a laissé le souvenir le plus
marquant, c'était de circuler en voiture dans Paris qui était
comme un désert car il n'y avait guère plus d'une
dizaine de voitures en circulation. Dans les mois qui suivirent nous
regagnons définitivement Paris et nous nous installons dans
les bureaux de la Kriegmarine au carrefour de la Muette. Ce sont
alors des voyages à Alger, Rome, Belgrade, Tirana soit avec le
petit Cessna, soit avec un JU 52 qui était fabriqué en
France pour les Allemands. Je suis promu Capitaine.
TOP
En juillet 45,
je suis démobilisé et je
rejoins Air France. Il faut former et entraîner les nombreux
pilotes dont AF a besoin. Ce sera d'abord à
Toulouse puis au Bourget où se crée le CPPN (centre de
perfectionnement du personnel navigant). Je dirigerai ce centre
pendant 1 an avec l'aide de plusieurs pilotes expérimentés.
Mais il n'était pas possible de faire voler plus de 50
pilotes, alors qu'on en avait convoqué plus de 100, les
pilotes démobilisés étant très nombreux,
et j'avais la tâche bien désagréable d'annoncer à
un certain nombre qu'on ne pouvait pas les conserver. En août
46, je quitte le CPPN pour devenir chef pilote du réseau
continental et pouvoir suivre les jeunes pilotes tout juste formés.
Le 23 décembre je
dois ouvrir de nouveau ouvrir la ligne Paris-Madagascar, interrompue
depuis la guerre. L'avion DC3 prévu ayant eu quelques
problèmes techniques, le départ est retardé d'un
jour. On ne peut encore voler que de jour, beaucoup de terrains
n'étant pas ouverts au vol de nuit, aussi il était
prévu de coucher à Tunis, le Caire, et à
Nairobi. J'arrive au soir à Tunis et il y a beau temps prévu
jusqu'au Caire. Je décide donc, d'accord avec les passagers,
de rattraper le jour perdu en volant de nuit jusqu'au Caire. Etant
passé huit jours auparavant à El Aden, l'escale
nécessaire pour ravitailler, je sais que ce terrain est ouvert
la nuit. El Aden est un terrain militaire de la R.A.F. en plein
milieu du désert de Cyrénaïque. Beau temps pour
traverser le golfe jusqu'à Bengazi où commence tout de
même une couche de stratus bas très continue qui cache
tout le sol. Le radio tente de contacter El Aden, mais pas de
réponse. Je pense que le radio-phare me permettra de trouver
le terrain, mais hélas le radio-phare est aussi muet. Il est 3
heures du matin. Après 3 heures 30 de vol, je m'estime à
hauteur d'El Aden et je commence à tourner en rond. La radio
n'arrive pas à contacter d'autres stations et lance le signal
de détresse sans plus de réponse. Je commence à
m'inquiéter très sérieusement: je n'ai plus
assez d'essence pour regagner Tripoli, ni à attendre le jour,
car il me reste moins de quarante cinq minutes de vol.
Pendant que
je continue à tourner en rond au dessus de mon point estimé,
et qui est très incertain, je prévois ce qui va se
passer lorsque les moteurs s'arrêteront, plonger dans le noir
et m'écraser sur une colline de sable. S'il y a des blessés,
il faudra peut-être attendre plusieurs jours pour qu'on nous
retrouve. Je pense à la commission d'enquête après
l'accident qui trouvera que j'ai été imprudent de faire
ce vol de nuit et déjà me vexe. Je n'avertis pas les
passagers, il en sera temps à la dernière minute. Pour
l'instant l'hôtesse Janine Lançon leur sert un réveillon
de Noël. Après trente minutes d'angoisse qui m'ont paru
très longues, le miracle se produisit. J'aperçois une
petite lumière dans un trou de la couche de nuages. C'est bien
la piste d'El Aden qui est restée éclairée.
C'est bien un vrai miracle, car se retrouver à l'estime à
un kilomètre près du but, après un vol de mille
kilomètres sans aucun repère, c'est normalement
inconcevable. Je vois arriver vers l'avion un militaire à le
démarche incertaine et je commence à déverser
sur lui toute la peur qui m'étreint depuis plus d'une heure.
Il me dit: "But Sir, that's Christmas Night, only angels are
allowed to fly".
Cela me désarme et je vais boire un
verre au mess où toute la base est réunie pour la Nuit
de Noël, et sans s'occuper des avions.
Le reste du voyage
jusqu'à Madagascar sera sans autres histoires.
Le 15 mars 47, le Nice-Paris disparaît
dans les Alpes. On frète un avion pour rechercher l'épave
et le nouveau Directeur Général d'Air France, Henri
Ziegler est à bord. Dans les environs de Grenoble on survole
les montagnes et M. Ziegler me demande de prendre les commandes, et
comme je trouve qu'il frôle les sommets un peu trop près,
je lui fais signe de prendre un peu d'altitude pour ne pas être
dans les courants rabattants. Il n'en fait rien me disant qu'il
connaît très bien le vol en montagne. A plusieurs
reprises je reprends les commandes pour passer les sommets à
l'altitude de sécurité et il en paraît fort
vexé.
On retrouve les débris de l'avion qui a touché
une arête et a provoqué une avalanche qui a emporté
tous les corps un peu plus bas. Sur place on recherche les corps avec
des tiges pour sonder la neige et ainsi on découvre le corps
du pilote.
Le lendemain, on me fait savoir que je ne suis plus
Chef Pilote, M. Ziegler aurait dit que je suis un "froussard",
ce qui est un comble de reprocher à un pilote de ligne d'être
trop prudent!
Je rentre
dans les rangs et heureux de n'avoir plus de responsabilités.
J'abandonne de même la Présidence du SNOAM (le syndicat
des pilotes de ligne), n'ayant guère été défendu
par le syndicat.
Je suis affecté sur la ligne Extrème
Orient qui relie Paris à Saïgon avec un DC4.
En
novembre 47, je suis sur la ligne
Paris-New York avec des
Constellations. C'est alors la ligne la plus intéressante avec
des avions modernes et pressurisés qui peuvent voler à
8000 mètres au dessus des nuages et marchent à plus de
500 k/h. Les vents sont généralement d'ouest et
obligent à faire deux escales.
Le parcours le plus direct
était Paris Shannon en Irlande et Gander en Terre Neuve. Mais
souvent la météo est la plus favorable vers le sud par
Santa Maria aux Açores ou, au contraire par le nord via Mecks
en Islande. Presque tout le parcours se fait en vol de nuit, et au
dessus de l'Atlantique, on se sent bien de la terre surtout quand on
peut admirer de magnifiques aurores boréales. Le vol avec des
escales dans le sens Est-Ouest prend en moyenne de 20 à 25
heures. Par contre en Ouest-Est on a des vents généralement
favorables et on arrive à faire des vols directs en 15 heures.
Le 8 janvier 48, j'étais à New York pour un retour sur
Paris à l'aéroport La Guardia. J'arrive vers 5h de
l'après-midi et il y a une forte tempête de neige. A New
York il peut tomber un mètre de neige en quelques heures. On
me dit que l'aéroport est DGO, c'est à dire interdit à
l'atterrissage comme au décollage. En effet, dans la neige on
n'y voit pas à 3 mètres.
Mais par hasard, je passe à
la météo et je vois une situation assez rare: les
isobares assez serrés suivent exactement le grand cercle New
York-Paris, et les vents arrières sont estimés à
plus de 100 k/h pendant tout le parcours. J'ai une longue discussion
avec les autorités de l'aéroport et finalement on me
permet de décoller après avoir signé une
déclaration où je prenais l'entière
responsabilité du décollage. Je serai d'ailleurs le
seul avion à décoller ce jour-là.
Il faisait
alors nuit, et toujours dans la neige, je vais en bout de piste, et
après avoir essayé les moteurs, j'ai alors un certain
regret de m'être engagé dans cette aventure car il fait
vraiment un temps de chien.
Le décollage se passe bien et
j'ai bien une moyenne de 100 k/h de vent arrière tout au long
du chemin, et le vol durera seulement 10h.15, ce qui est le record de
vitesse et restera valable tant qu'il y aura des Constellation sur
cette ligne.
En général,
on ne fait que 5 traversées par mois, restant à New
York deux jours complets. J'avais un studio à New York et je
m'étais fait pas mal d'amis.
Sur mon carnet de vol, je remarque une
traversée qui se terminera à Washington le 28 février
48. L'aéroport de New York était très encombré
par suite du mauvais temps et on m'avait dérouté sur
Washington. Le vol avait été très long, plus de
30 heures de vol, soir deux nuits blanches et tout l'équipage
était bien fatigué et nous désirions nous
coucher au plus vite.
A l'aéroport de Washington, les
douaniers insistent pour que l'on dépose le bar à la
douane. Je réponds que l'avion sera fermé à clé,
et étant juste en face de la douane, il n'y a aucun
risque.
Mais le lendemain matin je vois mon avion toutes les
portes ouvertes et des bouteilles cassées tout autour.
Complication avec la douane qui m'accuse d'avoir entré des
boissons alcoolisées frauduleusement. Un employé de
l'aéroport me glisse dans l'oreille que ce sont justement les
douaniers qui ont fracturés les portes et bu tout le
champagne. J'aurai tout de même droit à un procès
et à une amende de 10.000 dollars (payé par la
compagnie AF).
Le 13 mai 1948, je reviens de New York
et à l'atterrissage on me demande si je veux bien repartir
aussitôt pour aller à Tel Aviv en Israël.
Le
gouvernement ne voulant pas reconnaître tout de suite
l'indépendance d'Israël avait demandé à la
Cie Air France de faire une liaison pour marquer son intérêt
pour Israël. L'avion est un DC3 tout neuf, et je retrouve à
bord deux futurs ministres d'Israël que j'avais pris à
New York. Vol de nuit et la première escale est Rome mais à
Marseille je rencontre un front froid orageux très actif. Dans
l'orage l'avion est très secoué, les grêlons font
un bruit terrible et la foudre frappe par deux fois l'appareil.
Le
mécanicien et le radio, assez jeunes dans le métier,
sont terrorisés et me supplient de revenir me poser à
Marseille, ils croient que l'avion va casser en l'air. J'avais
d'ailleurs peine de le maintenir en vol. Je fais demi-tour, toujours
dans l'orage, mais à la sortie, j'ai un peu honte de faire un
demi-tour, ce qui ne se fait pas sur la Ligne. Je repars pour
traverser pour la troisième fois cet orage. Le petit bimoteur
qui amenait Joseph Kessel en Israël s'était posé à
Marseille. Rome-Athènes-Tel Aviv et son petit terrain près
de la ville. C'est le lendemain que doit être prononcée
l'indépendance. Le lendemain je me rends au terrain où
il y a une forte agitation et des bruits de mitrailleuses. En effet
des Spitfires égyptiens attaquent le terrain et mon avion est
la cible principale. J'ai peine à aller voir les dégâts
entre deux attaques et à la fin de la matinée, je
compte 80 impacts mais il n'a pas brûlé. Aucun moyen de
réparation sur place et je suis obligé d'abandonner
l'avion.
***
TOP
Un jour en
me posant à Orly, je réalise qu'il y 3 jours que je
suis parti de cette piste pour New York et en revenir, et il ne reste
plus rien de ce voyage. Est-ce
que parcourir des milliers de kilomètres donne un motif
valable à ma vie? Je suis
pourtant un grand favorisé: j'ai un métier qui me
passionne et qui est bien payé, beaucoup de liberté
entre les voyages. Une certaine considération que
donne le métier de pilote et qui flatte un peu la vanité.
Je sais que je suis considéré comme un des meilleurs
pilotes de la Compagnie et mes camarades ont une certaine estime pour
moi puisqu'ils m'ont désigné par deux fois comme
président de leur association.
Mais cela ne donne pas un
sens suffisant à une vie. La religion ne compte plus beaucoup
pour moi, m'en étant écarté pour vivre des
aventures sentimentales et ne pas avoir de remords.
Je souhaitais
me marier et avoir une famille, mais devenu très difficile je
ne trouvais pas le femme avec qui passer toute une vie. Il y avait
pourtant bien des hôtesses sympathiques. Ce sera le 15 août
1948 que la réponse m'en sera donné par le Ciel.
Je
descendais dans les mêmes palaces et restaurants que les
milliardaires et je pouvais dire que je connaissais toutes les boites
de nuit de New York, Los Angeles… Ayant plusieurs jours de
liberté avant le prochain courrier, au lieu d'aller les passer
à la campagne chez des amis, je préfère rester à
la maison où je suis tout seul. J'achète quelques
provisions et je ferme les volets de l'appartement pour me trouver en
quelque sorte en dehors du temps.
J'avais de bons livres et je
lisais tranquillement celui de Lecomte de Nouÿ qui parlait des
origines du monde et de son évolution.
C'est alors que j'ai
une sorte d'illumination:
"Dieu existe bien. Il est tout. Et
je n'existe que par Lui, et il m'aime, moi particulièrement"
Mieux
qu'une vision ou que des paroles, c'est une certitude qui envahit
tout mon être et une évidence que je ne peux
discuter.
Après une heure de profonde émoi, je
m'engage devant lui à lui consacrer toute mon existence.
Mais je réalisais bien que cela
ne pouvait se faire du jour au lendemain, et je me donnais un maximum
d'un an et demi pour le réaliser, c'est à dire Pâques
1950.
Puisque Dieu devenait ma seule raison d'être, il
fallait que j'organise ma vie en conséquence.
J'allais voir
le Père Congar, le théologien qui était au
Saulchoir, la maison d'études des Dominicains à
Soisy-sur-Seine. Il me donna le conseil de m'installer à
"L'eau vive", une maison d'accueil dépendant de leur
monastère. Cette propriété avait été
celle de la Pompadour, puis celle du Général Gouvion St
Cyr. On me donna une chambre dans une petite maison au milieu du
parc. Cette chambre était au second alors que le premier était
occupé par Jacques Maritain, le philosophe, avec sa femme et
sa belle-sœur. Au rez de chaussé il y avait Alain
Peyrefitte, le futur ministre qui venait de se marier et de se
convertir.
A l'Eau vive, je trouvais tout ce qui m'était
nécessaire, un milieu religieux et la possibilité de
découvrir vers quel institut religieux je pourrais entrer. Car
une vocation tardive (j'avais 37 ans) pose pas mal de problèmes.
Je
continuais mes vols sur New York et, entre deux voyages j'étudiais
la Bible et tout ce qui se rapporte à la religion et même
assistait à certains cours donnés aux jeunes
Dominicains.
***
Le 6 février, je décolle
de New York pour Gander, l'escale où on fait le plein pour
traverser l'Atlantique et l'avion est à son poids maximum.
Vers 3 heures du matin, je vais m'aligner sur la piste de départ.
Il y a une tempête de neige et le runway est très
verglacé. Au moment précis où j'atteins la
vitesse de décollage, je vois une forte baisse de pression au
moteur No 4. A cette seconde, je peux encore arrêter le
décollage. Je réduis tous les moteurs et m'arrête
aux balises. Le mécanicien me demande pourquoi j'ai arrêté
le décollage, il n'a rien vu d'anormal. Je reviens au bout de
piste, et on essaye tous les moteurs qui donnent bien leur puissance.
Nouveau décollage, et c'est en passant les balises que les
moteurs 3 et 4 baissent fortement leur pression: les hélices
sont passées au grand pas.
Dans la neige nous frôlons
les cimes des sapins, l'avion est au second régime, à
la limite de la sustentation et je m'attends qu'il décroche
d'une seconde à l'autre. C'est alors que le cockpit est envahi
par une épaisse fumée noire et une odeur de cramé.
Le feu qu'on n'aime pas du tout à bord d'un avion accentue une
certaine panique car normalement la mort n'est pas loin. Je coupe le
contact général puisque cela semble bien être un
court circuit, mais alors plus de lumières pour éclairer
les instruments de bord et surtout plus de radio pour signaler notre
état de détresse, et surtout qu'on n'éteigne pas
le balisage. Impossible aussi de rentrer le train qui freine l'avion.
Je me traîne autour du terrain à la vitesse minimum,
virant tout doucement pour ne pas perdre les quelques kilomètres
de vitesse qui nous permettent de tenir encore en l'air. Tous ces
ennuis ont duré certainement un quart d'heure, mais dans ce
cas cela m'a semblé une éternité. J'arrive à
pose l'avion délicatement car, à pleine charge, on
devait normalement vidanger l'essence avant de se poser. L'examen de
l'avion a montré que ce sont les "booster pomp" qui
sont à l'origine de ce court circuit. Ces "booster pomp"
sont des petites pompes électriques placées dans les
réservoirs d'essence et que l'on met en route qu'au moment du
décollage en même temps que les manettes des gaz afin
d'alimenter en essence les moteurs pendant l'accélération.
Pendant l'essai au bout de piste, elles n'étaient pas en route
et les moteurs donnaient toute leur puissance au petit pas. Mais le
court circuit dans une des pompes atteint dans la liasse des fils
électriques, les fils qui commandent les pas des hélices
qui sont électriques, et les font passer du petit pas au grand
pas perdant ainsi les 3/4 de la puissance.
En
mars 49, je vais prendre tout de même des vacances de neige au
col de Voza avec quelques camarades d'Air France et des hôtesses.
Mais déjà je ne peux plus me passer de la messe
quotidienne et d'une rencontre avec mon Seigneur et Dieu. A 7h. du
matin alors qu'il fait encore nuit, il me faut descendre l'ancienne
piste olympique qui est terriblement tôlée à
cette heure et atteindre le petite Eglise des Houches. Malgré
le grand plaisir du ski, j'abrège mes vacances pour aller
visiter le Monastère de Hautecombe qui me paraît bien
triste en plein hiver.
Quelque temps plus tard je fais
l'expérience que lorsqu'on est suffisamment uni à Dieu
on ne peut plus faire de péché grave. Un soir dans mon
studio de New York, arrive une jeune femme qui était très
amoureuse de moi, j'avais une très forte tentation
naturellement, mais un regard sur le crucifix que j'avais au dessus
de mon lit, me donne la force de résister.
J'avais alors
8700 heures de vol, c'est à dire un an dans les airs.
Un jour, me promenant sur la Cinquième
Avenue à New York, je m'arrête devant la librairie qui
est en face de l'hôtel Plazza et je vois un livre avec la photo
d'un moine. C'est le livre de Thomas Merton, moine à l'Abbaye
cistercienne de Gethseinnanie (?), "la nuit privée
d'étoiles". La trappe que j'avais éliminé
au début de mes recherches en raison de son austérité
peu humaine, me devient beaucoup plus intéressante et je me
renseigne ensuite sur les différentes Abbayes
cisterciennes.
Celle d'Aiguebelle me paraît très
attrayante par sa si belle architecture du 12e siècle.
En
fait ce sera Cîteaux où j'irai car on me recommande son
Abbé Dom Godefroy Belorgey, lequel me reçoit très
bien et m'invite à suivre la retraite de la Communauté
en février 50. Au jour dit, j'arrive en gare de Dijon, et par
politesse je téléphone à l'Abbaye pour avertir
de ma venue, mais le portier me dit: "on ne reçoit
personne" et il raccroche. J'ai alors une forte tentation
d'aller rejoindre mes amis aux sports d'hiver, mais comme il faut
attendre deux heures le train pour les Alpes, je pense que j'ai le
temps de faire une prière à la Ste Vierge et je prends
un taxi. Je sentais que ma vocation était en jeu.
Arrivé
à Cîteaux le portier me reconnaît et me dit:
"c'est vous l'aviateur, on fait exception pour vous".
Excellente retraite par un Père Carme et je suis convaincu que
c'est bien à Cîteaux que je peux me consacrer au
Seigneur. Le père Abbé voyant que j'étais très
décidé me dit: "revenez pour la Semaine Sainte et
on verra". Suivre les offices de la Semaine Sainte dans une
Abbaye vous transporte dans un autre monde où l'on peut vivre
la Passion du Christ comme un événement actuel. Mais
les aviateurs n'avaient pas dans les milieux religieux une très
bonne réputation et le Maître des novices m'avertit que
je serai d'abord "oblat" c'est à dire sans
engagement même pas la vêture de novice, et que je
pourrais partir quand je le voudrais.
Bien entendu j'accepte cette
année de probation puisque j'avais l'essentiel de la vie
religieuse. J'avais exactement la vie des novices: la Messe où
on assistait à cette époque à une moyenne de 3
Messes par jour, parfois 4 ou même 5. Il y avait aussi les 7
offices tout au long de la journée.
Le travail manuel
pendant 6 heures par jour, au potager et en été les
foins et la moisson qui se faisaient à la fourche ne
connaissant pas encore les tracteurs et autres machines agricoles. Il
fallait se donner physiquement à fond, jusqu'aux limites de
ses forces, et c'était bien une façon de prier avec
tout son corps, qui, lui aussi se donnait totalement au service du
Seigneur.
On se levait tôt, à deux heures du matin.
Cela ne m'était pas trop pénible puisque j'avais
l'habitude de me lever très tôt et même de passer
des nuits blanches, mais il était difficile de résister
au sommeil de 3h. à 5h. lorsqu'il fallait étudier au
scriptorium.
La nourriture était très spartiate: une
soupe et un plat de légumes, ni viande, ni poissons, ni œufs.
Vers 11h. du matin on avait un bon creux à l'estomac.
il y
avait aussi le silence total, on ne communiquait qu'avec des signes
des mains, un peu comme les sourds muets. Pendant ce noviciat, j'ai
eu des problèmes avec le Père Maître des novices
qui se méfiait un peu de moi parce qu'il me trouvait moins
docile que les autres novices qui avaient 20 ans. Mais cela a été
bénéfique car il faut avoir plus de vertu pour obéir
à quelqu'un qui ne vous est pas très sympathique. C'est
lorsque j'avais difficultés que j'ai trouvé le remède:
passer une demie heure près du St Sacrement même sans
faire de prière explicite, et on retrouve la paix et le
courage.
Après les deux années de
noviciat, il y a les vœux temporaires pour trois ans et le
commencement des études écclésiastiques:
philosophie et théologie, en tout cinq années.
Là
encore j'ai quelques problèmes avec le professeur de
théologie. Tout se faisait en latin et si j'arrivais à
lire les manuels à peu près correctement je ne pouvais
répondre en latin aux interrogations verbales et cela m'était
reproché. Il se trouve qu'ayant été convoqué
un jour pour une période militaire je me trouvais dans le
train ce Nancy où je devais passer une visite médicale.
Dans le corridor je regardais le paysage quand soudain une sorte de
voix intérieure me fait comprendre que je dois continuer mes
études pour arriver au sacerdoce.
Je n'ai donc plus de
scrupules et j'insiste pour persévérer. A l'examen
final avant d'être présenté au sacerdoce je suis
interrogé pendant quatre heures sur l'Eucharistie, et ce sujet
est particulièrement délicat pour ne pas dire de
bêtises. Tout se passe bien et je suis convaincu sue le St
Esprit était avec moi.
La vie dans un monastère
trappiste est avant tout parfaitement réglée. Toujours
aux mêmes heures les offices et tout le reste suit.
On
trouve tout de même le temps entre deux exercices pour venir à
l'Eglise et prier, et c'est alors qu'on retrouve la paix qui est
parfois un peu ébranlée lorsqu'on a un problème
dans la vie communautaire.
Je
crois que c'est une preuve de la présence de Dieu au milieu de
la communauté pour arriver à faire vivre toute leur vie
dans un lieu clos une cinquantaine d'hommes venus de tous les
horizons sociaux et même étrangers. Seul un grand amour
de Dieu fait que non seulement on se supporte mais qu'on s'aime comme
des frères et c'est une nouvelle famille dans laquelle on est
intégré.
Le Supérieur, le Père Abbé,
joue un rôle capital dans un monastère qui suit la règle
de Saint Benoit. C'est lui qui oriente la spiritualité de ses
moines, qui décide de tout ce qui concerne la vie quotidienne.
C'est à lui qu'on va confier ses problèmes. C'est
encore lui qui attribue les différents emplois pour faire
marcher le monastère. L'Abbé est élu par les
moines réunis en Chapitre converti autrefois élu à
vie, mais maintenant il doit démissionner à 75 ans.
***
TOP
Le 18 mars 1961, c'est mon
sacerdoce qui sera
célébré dans mon ancien collège Sainte
Croix de Neuilly par Monseigneur Le Cordier
assisté par l'Abbé du Bettellois Dom Grammont. Il se
trouve que dans l'assistance, il y a plusieurs Généraux
dont Zeller et Challe (c'était quelques jours avant le putch
d'Alger).
Peu de temps après je suis envoyé au
Cameroun dans une fondation d'Aiguebelle: Grandseluc (?) qui avait
des problèmes de personnel et de finances que l'on me charge
d'assainir. Ce monastère était implanté dans la
grande forêt primaire à 150 km au sud de Yaoundé.
Climat assez chaud et tropical avec de gros orages en fin de
journée.
Un jour, ayant des courses à faire à
Yaoundé, je vais dire ma messe dans la cathédrale (qui
a une magnifique charpente avec le beau bois du pays). J'étais
à un petit autel isolé et avant de commencer la Messe
je suis pris d'un certain scrupule me sentant indigne de faire venir
le Seigneur et mon Dieu sur cet autel par ma seule volonté.
C'est alors que je suis comme "inondé" d'une joie et
d'un bonheur que je n'avais jamais ressenti dans ma vie.
Comment j'ai passé plusieurs
heures avec une femme nue dans mes bras.
Un jour passant à
la mission d'Obout, le Père missionnaire me demande: "Puisque
vous allez à la Léproserie de N'Den, pouvez-vous me
débarrasser d'une lépreuse qui m'ennuie".
J'accepte et deux gaillards se déshabillent complètement
et partent dans la forêt. Ils ramènent la lépreuse
par les pieds et par les jambes, complètement nue. Ils la
poussent dans ma voiture à coté de ma place. Elle
pousse des hurlements et se débat. Je suis obligé de la
ceinturer avec un bras pendant que je conduis de l'autre pour qu'elle
n'ouvre pas la porte. Elle essaye de me griffer mais elle n'a plus de
doigts aux main. Nous arrivons à un barrage où des
soldats me disent: "On ne passe pas sur cette route, il y a des
rebelles". Je leur dis: "dans ce cas, prenez la
lépreuse avec vous". Ils ouvrent la portière, et,
devant l'odeur ils la referment et me disent: "passez, et que
Dieu vous garde".
J'ai célébré plusieurs messes à la chapelle de N'Den. au début cela va à peu près, mais à la fin, avec la chaleur, l'odeur devient très pénible. Je resterai à Grandseluc un peu plus d'un an.
En 1963 je suis envoyé au Zaïre
à Bukavu où Cîteaux avait fait une fondation de
trappistines fournies par l'Abbaye d'Igny qui est près de
Reims. Il y avait là donc une dizaine de religieuses
françaises et j'y étais comme second aumônier
chargé plus spécialement de l'extérieur.
Bukavu
au Kivu est situé au centre de l'Afrique dans la région
des Grands Lacs dont le lac Kivu est un des plus beaux. La région
est assez montagneuse et il y a des volcans encore en activité.
Le monastère est à 1600 mètres d'altitude ce qui
permet un climat très agréable entre 18 et 25 degrés
de température. Dans les premières montagnes à
l'ouest du monastère commence la grande forêt qui va
jusqu'à l'Atlantique oùil y a des éléphants
et
surtout les derniers gorilles des montagnes qu'on peut voir à
moins d'un quart d'heure du monastère. A 150 kilomètres
vers le nord il y a le parc de la Rwindi, une grande réserve
pour les animaux sauvages, les lions, les éléphants et
les hippopotames etc. c'est une des plus belles d'Afrique. Lorsque
j'arrive en décembre 1963, il vient d'avoir eu un soulèvement
de rebelles qui a été assez rapidement maîtrisé
à Bukavu mais un Père blanc a été
assassiné dans son Eglise à Bukavu. C'est vers
Kisangani que la rébellion durera le plus longtemps. En
juillet 64, cette fois c'est la rébellion des mercenaires qui
avaient été engagés par le Zaïre. Ils
arrivent un beau matin à Bukavu et combattent les soldats
zaïrois qui s'enfuient au Rwanda tout proche, mais par suite
d'un contre ordre ils quittent Bukavu le jour même après
avoir massacré 20 soldats zaïrois qui avaient été
fait prisonnier.
Quand l'armée zaïroise revient à
Bukavu le lendemain il y a plusieurs Européens tués et
beaucoup de femmes blanches qui s'étaient réfugiées
dans le collège des Jésuites seront violés
devant leur mari.
Ce même lendemain un camion de soldats
arrive au Monastère. Quatre soldats en descendent et me
mettent leur mitraillette sur le ventre. Dans ce cas il faut parler
et discuter et si possible faire une plaisanterie pur les faire rire.
Mais ce qui me faisait le plus peur c'est qu'ils tremblaient beaucoup
avec leur arme et je craignais qu'ils appuient sur leur gâchette
sans le vouloir. Ils s'en iront sans que je sache pourquoi il étaient
venus.
Pendant un mois c'est à peu près le calme
mais on sait que les mercenaires préparent une nouvelle
offensive.
Le 4 août, je me promenais sur la route quand une
voiture s'arrête et un policier zaïrois, le revolver au
poing, m'oblige à monter dans la voiture, et à un
barrage un peu plus loin s'écrie: "J'ai arrêté
un mercenaire déguisé en prêtre". Aussitôt
les soldats se précipitent avec des bâtons et me tapent
dessus. Par chance le chauffeur de la voiture me connaissait et
réussit à passer le barrage rapidement.
Le 6 août,
au matin, on entend des rafales de mitrailleuses et d'armes
automatiques dont le bruit s'amplifie par écho dans les
montagnes et les balles qui passent près du monastère
sifflent fort. Nous voyons sur le route une auto mitrailleuse qui
tire sur le monastère avec du gros calibre et des balles
explosives qui éclatent en touchant les murs.
La communauté
se réfugie dans un petit bâtiment et on dit l'office
malgré tout.
Plus tard on rencontre dans les couloirs des
mercenaires qui veulent nous rassurer et nous annoncent qu'ils vont
passer la nuit à Murkesa. Il doit y avoir à peu près
200 mercenaires européens et autant de Katangais, plus tous
les Européens qui s'enfuient du pays pour regagner le Rwanda.
Il y a aussi dans le monastère de nombreuses femmes et jeunes
filles qui sont venus s'y réfugier.
Le "colonel"
Schram viendra nous inviter à le suivre: "sinon vos sœurs
seront violées et massacrées". Avec la Rd. Mère
Lutgarde je discute de la situation et nous allons prier pour être
finalement d'accord pour rester, nous confiant à la
Providence.
Au lendemain matin la colonne des mercenaires part
vers Bukav qui est à une vingtaine de kilomètres. Deux
jours après nous voyons arriver les premiers soldats zaïrois
qui ne nous causeront d'ailleurs aucun problème. Je leur
explique que s'ils franchissent la clôture ils risquent d'être
maudits par Dieu et je leur distribue de nombreuses médailles.
Les
mercenaires se sont retranchés à Bukavu et nous restons
totalement isolés pendant deux mois avec les Pères de
la mission de Murkesa.
Un beau jour, on apprend que les
mercenaires n'ayant plus de munitions et abandonnés par ceux
qui les soutenaient en Belgique, se replient au Rwanda en abandonnant
leurs armes. L'armée zaïroise revient alors à
Bukavu et son commandement lui accorde cinq jours de pillage comme si
Bukavu était une ville ennemie. Toutes les maisons seront
vidées de tous leurs meubles, frigo, radio etc.
***
Je resterai vingt années au
Zaïre, m'occupant de réparer les moteurs, d'installer
l'électricité etc. de faire les courses à
Bukavu, Kigali ou Bujumbura, mais surtout d'assurer les messes et les
conférences spirituelles. Quand je suis arrivé à
la Clarte-Dieu il y avait 10 sœurs françaises et autant
d'africaines et quand je suis reparti il y avait 20 Africaines dont
la mère Abesse.
Tous les deux ou trois ans, je retournais
en France pour quelques semaines grâce à Air France qui
me donnait des billets gratuits.
Mon plus grand plaisir a été
de défricher un parc de plusieurs hectares, couper et
désoucher les arbres, de mettre de l'herbe paspalum qu'il faut
planter brin par brin et aussi toutes les fleurs qui poussent si bien
dans ce climat où il n'y a pas d'hiver.
A l'occasion d'un
voyage au parc de la Rwindi, j'ai pu faire l'ascension du Nyaracongo,
un volcan de 3600 mètres près de la ville de Goma. Ce
colcan avait la particularité de d'avoir un lac de lave dans
son cratère, à peu près à en dessous de
ses lèvres. Il faut y passer la nuit pour le voir dans toute
sa splendeur, la lave d'un rouge orange qui monte et descend et cela
semble une bouche de l'enfer, d'ailleurs les indigènes en ont
très peur. Mais quelques années une fissure se fera à
la base du volcan et toute la lave se répandra aux environs
atteignant aux environs atteignant même les premières
maisons de Goma. Il ne restera plus qu'un tout petit lac de lave tout
au fond d'un cratère.
A coté du Nyaracongo, il y a
le volcan de Niamalagica moins haut et beaucoup plus actif. Presque
chaque année il y a une éruption dans un petit cratère.
Les tremblements de terre sont assez fréquents mais pas très
forts.
A la mission de Murkesa il y a le P. Jacques Fievet, un
père blanc qui a un petit cessna pour pouvoir ravitailler les
missions qui sont dans la forêt et qui n'ont aucune route
convenable. Je l'ai accompagné en 1977 pour ramener en France
son avion qui avait besoin d'une révision générale.
***
Le bruit a couru qu'il y avait des
apparitions de la Ste Vierge à 4 ou 5 jeunes filles à
Kibeho petit village au Rwanda à partir de novembre 1981. J'y
suis allé et j'ai pu assister à 4 apparitions, 2 de la
Ste Vierge et 2 de Jésus. J'avais un œil plus critique
pour être sûr qu'elles étaient véritables
et j'en ai été convaincu car il n'est pas possible de
jouer une comédie car les apparitions duraient plus de deux
heures.
J'ai pu parler aux voyantes qui sont des jeunes filles
ayant une certaine instruction. Les théologiens du diocèse
reconstituaient les conversations, d'ailleurs très simples
comme une mère qui parle à sa fille de ses problèmes
de tous les jours et les incitant à prier. J'ai retenu une
épisode où Jésus montrait à Nathalia des
moments de sa Passion ce qui bouleversait la brave fille et il
ajoutait:
"Quelle autre preuve de mon amour pour les hommes
aurais-je pu donner? Ils n'ont qu'indifférence et même
mépris".
Ce qui est surprenant c'est parfois les
filles paraissaient s'évanouir et elles tombaient comme une
masse en avant et en arrière. Il était très
émouvant pour les spectateurs de savoir la Ste Vierge ou Jésus
à quelques mètres de soi. J'ai pu assister à la
dernière apparition le 27 novembre 89, c'était celle
d'Alphonsine (celle qui avait eu la première apparition en 81)
***
En 1983, je rentre à Cîteaux
désirant y finir ma vie et à reprendre la vie de
communauté. Cependant en 90 on me demande de partir au Zaïre
pour faire
un remplacement d'un aumônier qui doit partir en Belgique.
C'est alors que je fais la rencontre extraordinaire d'Adria, c'est
une brave paysanne du Rwanda totalement illétrée. Elle
a reçu la visite de Jésus il y a une quinzaine
d'années. Jésus lui a dit qu'elle perdrait son mari et
ses quatre enfants mais qu'il lui donnerait une famille beaucoup plus
grande. Elle devait recueillir tous les enfants abandonnés et
orphelins ou handicapés. Ce qu'elle a fait et on s'est
beaucoup étonné en se demandant comment elle arrivait à
les nourrir. Quand je suis allé la voir, elle avait une
cinquantaine d'enfants, les plus âgés s'occupant des
bébés. Mai ce qu'il y a de plus extraordinaire, c'est
que depuis 10 années elle ne mange ni ne boit ni ne dort et
pourtant elle a fort bonne mine et est même très bien en
chair. Elle est très gaie et l'on sent tout de suite chez elle
une grande bonté pour tous ceux qui l'approchent. Elle a déjà
une si grande renommée de sainteté que le gouvernement
du Rwanda a construit une route de plus de dix kilomètres pour
qu'on puisse lui rendre visite.
TOP
Voici le message de Jésus
pour son prêtre Baudoin reçu
par
Mama
Adria. Ce message a été donné par Jésus
lui-même dans la nuit du 17 janvier 1990.
Le Seigneur veut
renouveler la bénédiction sacerdotale que tu as reçu
à ton ordination et cette bénédiction qu'il
t'accorde aujourd'hui c'est pour que tu vives dans la paix durant les
années à venir.
Il veut que tu accomplisses ton
ministère dans la joie et qu'un jour tu ailles la retrouver
dans la paix et la joie du ciel. Il y a beaucoup de choses que le
Seigneur t'a pardonnées. Le Seigneur dit que pour tes
dernières années il te donnera les grâces
nécessaires pour que tu saches te renouveler. Le Seigneur ne
voudrait pas que tu prennes du repos comme tu l'aurais peut-être
voulu. Il voudrait te donner une mission spéciale. S'il te
laisses retourner là-bas en France c'est en vue de cette
mission: accompagner les autres spirituellement par la prière.
Dans l'Eucharistie que tu reçois, tu vas toujours accueillir
tous ceux qui par toi veulent aller à Jésus et tu vas
les faire communier en entrant dans la communion de Jésus.
Mon
fils, mon fils, c'est moi le Seigneur qui vis en toi et qui demeure
en toi et accomplis le ministère du salut à travers ta
personne.
Je voudrais provoquer en toi cette conviction que c'est
moi qui agis lorsque tu accomplis ton ministère selon mes
vœux. Je t'accorde les grâces que tu m'as toujours
demandées et je voudrais te les accorder surtout à
partir d'aujourd'hui jusqu'à la fin de ta vie.
Au fur et à
mesure que tu prendras en compte mes désirs que je te donne et
pour lesquels il faut prier, je me hâterai d'accorder des
grâces aux personnes pour lesquelles tu pries. Tu voudrais me
rencontrer, me voir, mais quiconque accomplit ma volonté ici
sur terre, m'a déjà rencontré. Le désir
d'accomplir ma volonté est une grande grâce, c'est déjà
le début de la vision, de la rencontre avec le Seigneur. Quant
à la souffrance que tu vas vivre dans tes dernières
années, sois en paix, ce ne sera pas un obstacle pour toi dans
ta vie d'union au Seigneur, au contraire.
Le Seigneur n'a pas
voulu dire quelle souffrance.
Quand tu sentiras dans ton corps
quelque chose qui te fera souffrir, ce sera alors le début de
la fin, c'est un avertissement que le Seigneur te donne afin de te
préparer à ta fin. Quand tu seras en train de souffrir,
pense à offrir cette souffrance là pour le salut de
toutes ces personnes.
Il t'arrive beaucoup de méditer,
écoute ce qui monte en toi, il y a des pensées qui
surgissent en toi et qui te confirme que nous sommes en union dans
ton cœur et dans ton esprit. Je veux accroître cette
grâce d'union. TOP
les obsèques ont été
célébrées le 18 septembre 1993 à
l'Abbaye.
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